19.05.2017, 00:01  

Commerce équitable, fierté suisse

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Les Suisses sont champions du monde du commerce équitable. Chacun dépense 75francs annuellement.

 19.05.2017, 00:01   Commerce équitable, fierté suisse

Par Ariane gigon

Plus d’une banane sur deux vendue en Suisse est équitable. Un succès pour la fondation Max Havelaar, qui fête 25 ans.

Un «café propre produit par les petits paysans»: en 1992, c’est le nom que les grands distributeurs suisses avaient donné au premier café provenant du commerce équitable, importé grâce à la fondation Max Havelaar. Vingt-cinq ans plus tard, le café équitable remporte 10% de parts de marché. Les bananes et les ananas sont bien au-delà (54% et 37%) et...

Un «café propre produit par les petits paysans»: en 1992, c’est le nom que les grands distributeurs suisses avaient donné au premier café provenant du commerce équitable, importé grâce à la fondation Max Havelaar. Vingt-cinq ans plus tard, le café équitable remporte 10% de parts de marché. Les bananes et les ananas sont bien au-delà (54% et 37%) et les Suisses sont les champions du monde du commerce équitable, avec une dépense annuelle de 75 francs par habitant.

Présentés hier à Zurich, les résultats 2016 de la fondation rappellent une époque où l’on ne connaissait ni le tourisme des achats ni la concurrence des produits vendus en ligne. En une année, les ventes ont augmenté de 21%, à 628 millions de francs, et de 67% en cinq ans.

La fondation prévoit-elle un tassement de la courbe? «Il est bien connu que, plus on grimpe, plus l’air se raréfie», répond Andreas Brüchle, responsable des finances et des services. «Mais chaque année, nos chiffres sont meilleurs que ce que nous avions prévu! La collaboration avec les deux grands distributeurs est l’une des raisons de notre succès.»

Importance des primes

Le nombre de produits portant le petit rond jaune et bleu a aussi augmenté, atteignant 2800 en 2016. «Mais il est important qu’ils génèrent des ventes suffisantes pour que l’effet, en termes de salaire et de prime aux producteurs, soit le plus grand possible», ajoute Andreas Brüchle. En 2016, les ventes suisses ont généré 10 millions de dollars de primes à des producteurs dans le monde. A titre de comparaison, 117 millions d’euros avaient été redistribués par les 25 organisations nationales composant le réseau international Fairtrade en 2015. Malgré ces succès, le commerce équitable ne représente que 2% de la consommation en Suisse et, sur le plan international, entre quelques pour-mille et 1 pourcent, selon les estimations. «Globalement, le commerce équitable reste un produit de niche, avec un énorme potentiel», précisé Elie Peter, vice-directeur de la fondation.

Pour les producteurs, la certification n’est pas seulement synonyme de primes permettant de financer des projets sociaux, mais aussi de prix d’achat fixe. Or, les matières premières concernées (cacao, bananes, fleurs ou autres) subissent souvent de très fortes fluctuations sur le marché ordinaire.

Un nouveau directeur

Max Havelaar a en outre lancé, en 2014, l’or équitable, pour l’heure en provenance du Pérou. La Banque cantonale de Zurich le propose depuis environ une année. «La demande est très forte», explique Andreas Brüchle. «Mais les producteurs sont des mineurs isolés, qui financent eux-mêmes leur travail. Or, l’organisation des producteurs dans une structure démocratique est une condition à notre soutien. Le chemin est long. Mais nous sommes convaincus que l’or, surtout en Suisse, a un bel avenir.» Le nouveau directeur, Andreas Jiménez, en fonction depuis le 1er mai dernier, aura, entre autres, pour tâche de confirmer les succès engrangés.

Parmi les défis cités, il a évoqué le cas des fleurs, dont les ventes ont reculé de 7,2% en 2016. «Nous songeons à créer un ‘label programme’, qui permettrait de proposer des bouquets mixtes». Ce nouveau type de labels existe déjà pour le cacao, le sucre et le coton. «Il faut être transparent», précise Andreas Brüchle, «et déclarer clairement que tous les composants ne sont pas issus du commerce équitable.»

Tant de labels…

De façon générale, la multiplication des labels «est un défi pour les consommateurs», admet Andreas Jimenez. «Je leur conseille de s’informer grâce à des classements de labels, comme celui du WWF, réalisé avec d’autres partenaires, qui analyse les critères d’attribution des labels.»

Pour l’heure, Max Havelaar n’a pas l’air de souffrir de la concurrence. Selon une étude réalisée ces derniers mois par la fondation, 88% des consommateurs suisses accordent leur confiance au héros du roman néerlandais de 1860 ayant donné son nom à l’aide aux producteurs «du Sud».

Du héros de roman au héros des petits producteurs

Il n’y a jamais eu de vrai Max Havelaar. Le nom le plus connu, en Suisse du moins, du commerce équitable est en effet celui d’un personnage de fiction, donnant son titre à un roman néerlandais des années 1860 qui, selon Wikipédia, dénonçait «la condition du paysan javanais dans leur colonie des Indes néerlandaises.» Car c’est aux Pays-Bas qu’est née, en 1988, la première organisation chargée d’acheter des produits à des agriculteurs «du sud» à des conditions équitables. La Suisse, l’Allemagne et la France ont suivi en 1992, l’Autriche en 1993.

Depuis 1997, les diverses organisations nationales sont regroupées au sein de Fairtrade International, dont le siège est à Bonn (D). Le système regroupe 1,66 million de producteurs dans le monde, dont deux tiers en Afrique et au Moyen-Orient. La faîtière compte 25 organisations nationales et trois réseaux de producteurs continentaux (Amérique latine depuis 1996, Afrique depuis 2005 et Asie et Pacifique depuis 2007). Le contrôle des critères de certification est effectué par l’organe indépendant Flocert. Parmi ceux-ci figure l’organisation des producteurs en structures démocratiques.

La nécessité d’assurer de réels salaires assurant la subsistance des paysans, le changement climatique et la diversification des cultures figurent parmi les défis mentionnés par Fairtrade International.


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