17.05.2017, 23:25

Fusions dictées par le marché

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Patrik Gisel: «Actuellement, nous n’entendons pas répercuter les taux négatifs sur nos clients privés, seulement sur la clientèle entreprises à partir d’un certain montant.»

 17.05.2017, 23:25 Fusions dictées par le marché

Par kessava packiry et François Mauron

Patrik Gisel, directeur général de Raiffeisen, déplore la taille des banques de son groupe, qu’il estime trop petites.

Il a 54 ans mais ne les fait vraiment pas. Triathlète, pilote, Patrik Gisel est le CEO (directeur général) du groupe Raiffeisen, la troisième banque du pays. Malgré son emploi du temps compté – ce jour-là il était parti de Zurich avec un arrêt à Berne et à Pringy, avant de mettre le cap sur le Tessin, la nuit...

Il a 54 ans mais ne les fait vraiment pas. Triathlète, pilote, Patrik Gisel est le CEO (directeur général) du groupe Raiffeisen, la troisième banque du pays. Malgré son emploi du temps compté – ce jour-là il était parti de Zurich avec un arrêt à Berne et à Pringy, avant de mettre le cap sur le Tessin, la nuit venue, pour discuter d’un projet de Fusion –, il a pris le temps de nous recevoir.

On sent une politique de fusion des entités Raffeisen. Jusqu’où cela ira-t-il?

C’est une nécessité du marché. Dictée par la taille de nos banques, qui sont trop souvent petites. Notre groupe propose tous les produits bancaires. Ces dernières années, nous avons réalisé une offensive dans les affaires commerciales, de même que dans les affaires de placement. Nous avons de nouvelles offres pour la clientèle entreprises également. Cela appelle plus de support, donc plus de personnel qualifié. Et c’est aussi une des raisons qui nous pousse à créer des banques plus grandes, via les fusions.

Ces fusions ont-elles un impact sur l’emploi?

Même si nous réduisons notre présence dans certaines localités, notre groupe s’agrandit de l’ordre de 150 à 200 personnes par année. A Fribourg par exemple, sur la partie francophone, l’effectif est resté à une ou deux unités près très stable ces trois dernières années. Donc les fusions n’ont pas diminué le nombre d’employés. C’est clair, les régions de croissance au niveau du personnel touchent davantage les grandes villes, comme Zurich, Bâle, Berne, Lausanne ou Genève.

Raiffeisen élargit sa palette d’activités. Mais le cœur de métier reste lié au marché immobilier. Craignez-vous un ralentissement à ce niveau?

Nous constatons un ralentissement en ce moment. La croissance des prix ralentit, spécialement dans les objets de luxe. Nous avons ainsi dans ce domaine une baisse de 10 à 20% dans les villes, par exemple. Mais il n’y a pas de problème de bulle immobilière. C’est une normalisation des prix dans la plupart des régions. Dans l’ensemble, au niveau de la Suisse, les prix baissent un peu.

Cela vous inquiète?

Non, pas du tout. C’est une situation naturelle. Les marchés sont en concurrence et c’est la même chose pour toutes les banques. Mais nous avons plusieurs avantages, comme la proximité de notre clientèle, la qualité de nos conseils à la clientèle, notre compétence de connaître les marchés spécifiques de chaque région.

Quel est l’impact des taux négatifs sur Raiffeisen? Entendez-vous les répercuter sur vos clients?

La problématique des taux négatifs se trouve dans toutes les banques actives dans les hypothèques. Les hypothèques sont un peu plus chères, étant donné que nous compensons la perte des affaires passives due aux taux négatifs. Actuellement, nous n’entendons pas répercuter les taux négatifs sur nos clients privés, seulement sur la clientèle entreprises à partir d’un certain montant.

Deux mots sur la numérisation dans les banques. Quel est votre point de vue par rapport à ce phénomène? Les algorithmes remplaceront-ils un jour les employés de banque?

Même si l’offre numérique va encore fortement se développer ces prochaines années, nous croyons fermement que la présence des employés reste nécessaire. D’autant que nous menons des affaires qui ont un caractère souvent personnel. Quand quelqu’un prend la décision d’acheter une maison, c’est une décision pour toute la vie. Le conseil personnalisé est donc essentiel à nos yeux. Certes, c’est tout à fait possible de conclure des hypothèques en ligne, mais nous voulons continuer à soigner le conseil personnalisé.

Donc Raiffeisen se dirige vers une sorte de «family office»?

Une banque est de plus en plus une plateforme de conseil. Pas seulement un vendeur de produits. Ce phénomène de conseil global, à travers différents partenariats avec Helvetia ou Vontobel, va s’accentuer.

Le métier de banquier est donc en train d’évoluer...

Exactement. Et les robots ne remplaceront jamais les employés. Le personnel doit être proche de la clientèle. C’est une évidence. Je rappelle qu’une banque sur trois en Suisse est une Banque Raiffeisen. Nous avons 950 points de vente, mais nous voulons toujours être la banque la plus proche de la clientèle dans le futur. C’est clairement notre stratégie.

Depuis l’abolition du taux plancher, quelle est la politique de Raiffeisen en matière de prêts aux PME?

C’est un créneau que nous souhaitons développer. Nous avons d’ailleurs substantiellement augmenté notre personnel dans ce domaine. Depuis deux ou trois ans, nous avons un département spécifique pour traiter des activités avec les PME. Et nous avons aujourd’hui 150 000 clients entreprises. Nous souhaitons élargir le nombre de produits qui leur sont destinés, et pas seulement le trafic des paiements, par exemple.

Vous estimez donc accorder de bonnes lignes de crédits aux entreprises?

Entre autres, mais nous avons également investi dans des services qui ne sont pas typiques pour des banques, comme un club de 2000 entrepreneurs qui apportent leurs conseils à d’autres. Nous avons aussi un fonds financier pour la succession d’entreprises. Et nous voulons nous concentrer sur les petites et moyennes entreprises, pas les très grandes.


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