13.05.2017, 00:01  

Les douze travaux du Géant bleu

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Swisscom réinvestit chaque année 20% de son chiffre d’affaires dans les infrastructures, explique son patron Urs Schaeppi.
Par Rachel Richterich et Pierre-andré sieber

Urs Schaeppi, vous avez 15 ans de maison. Qu’est-ce qui a le plus changé?

La technologie, bien sûr, et les produits. J’étais chef du secteur mobile et après je suis devenu responsable des grandes entreprises et enfin responsable pour la Suisse. A mes débuts, le mobile était uniquement vocal. Après, il a évolué vers le transfert de SMS, l’internet et...

Urs Schaeppi, vous avez 15 ans de maison. Qu’est-ce qui a le plus changé?

La technologie, bien sûr, et les produits. J’étais chef du secteur mobile et après je suis devenu responsable des grandes entreprises et enfin responsable pour la Suisse. A mes débuts, le mobile était uniquement vocal. Après, il a évolué vers le transfert de SMS, l’internet et l’accès aux données. Il y a toujours eu de l’évolution.

La 5G sera-t-elle prête en 2020?

On parle beaucoup de la technologie 5G mais elle n’est pas encore standardisée. C’est tout au plus de la 4G plus. Pour la 5G, il faut aussi avoir un réseau à la hauteur. En général le réseau est prêt à temps, mais il faut souvent attendre les appareils correspondant à cette technologie. Nous avons un partenariat avec l’EPFL et Ericsson pour un projet de standardisation de cette technologie.

Multiplierez-vous les antennes?

Pour la Suisse, le grand défi de la 5G, est l’ordonnance sur les rayons non ionisants (RNIS). Nous sommes condamnés à les multiplier pour respecter ces normes donc à dépenser plus d’argent pour l’implantation de cette infrastructure et nous n’en avons pas les moyens. Il faut que le politique se pose la question des valeurs limites qui sont dix fois plus exigeantes que dans l’Union européenne. Le Parlement a déjà refusé l’augmentation des valeurs limites. Je l’accepte, mais cela met les opérateurs devant un véritable défi. L’OMS a prescrit des normes dix fois moins sévères qu’en Suisse tenant déjà compte du principe de précaution. Je ne suis pas médecin, mais ce que dit l’OMS me semble raisonnable.

Y a-t-il toujours autant d’opposition aux mâts de téléphonie mobile?

Oui, c’est très difficile de construire une nouvelle antenne en Suisse.

Pourtant, vous payez des loyers intéressants aux propriétaires qui mettent à disposition leur terrain pour une antenne. Jusqu’à 30 000 francs par an…

Cela représente beaucoup de dépenses. La somme varie. Nous nous basons sur la valeur locative de la région pour fixer un montant.

Employant 18 965 personnes en Suisse, Swisscom est à un tournant. Il doit préparer la deuxième révolution numérique et terminer l’installation de l’internet à haut débit. Avec Ringier et la SSR, l’opérateur s’est lancé dans la publicité ciblée au moyen de la coentreprise Admeira.

Et ce dans un contexte de vive concurrence qui pèse sur ses marges. Rien que la baisse des frais d’itinérance a pesé sur le résultat pour 100 millions de francs en 2016, et pèsera pour 70 millions en 2017. Et le virage de la 5G (lire ci-dessous) pour la téléphonie mobile est prévu pour 2020, autant dire demain. Interview d’Urs Schaeppi, président directeur général depuis 2013 à la suite du décès de Carsten Schloter.

Vos objectifs visent une connexion très haut débit pour 90% du territoire d’ici à 2021. Or, vous mettez fin à un partenariat pour l’extension de la fibre optique dans le canton de Fribourg. Comment faut-il comprendre cette décision?

Nous n’avons pas brutalement quitté le projet FTTH FR, ni remis en question le déploiement de la fibre optique à Fribourg. Au contraire, notre décision résulte de discussions – sans parvenir à un compromis satisfaisant – pour tenter d’accélérer le déploiement du réseau, à des conditions équitables. Car les besoins augmentent de manière exponentielle.

Est-ce une technologie hybride?

Oui. Il y a dix ans, nous proposions l’ADSL avec une vitesse de connexion de 10 mégabits par seconde. Aujourd’hui nous visons les 500 Mbits/s, grâce à une technologie hybride: au lieu d’une stratégie fiber to the home, (réd: FTTH, littéralement la fibre à la maison), très coûteuse, nous choisissons de prolonger les raccordements de fibre optique selon le modèle FTTS, soit jusque sur le trottoir, devant les immeubles. Pour les derniers mètres, jusqu’au domicile, nous avons trouvé une solution pour améliorer les performances des actuels fils de cuivre.

Innover, est-ce votre leitmotiv?

Oui, la FTTS par exemple est très innovante. D’autres opérateurs nous l’empruntent aujourd’hui. Elle nous permet de raccorder seize communes par an dans le canton de Fribourg, au lieu de quatre avec la FTTH, pour deux fois moins cher. Au total, 1,7 milliard de francs sont investis uniquement en Suisse chaque année dans les infrastructures. Cela représente 20% de notre chiffre d’affaires, nous ne pouvons pas aller au-delà. De plus, cette technologie offre une grande flexibilité, car ces derniers tronçons de cuivre peuvent en tout temps être remplacés par de la fibre optique ultérieurement.

Vous développez une galaxie de services: êtes-vous encore opérateur?

Opérateur reste notre cœur de métier. Tous ces services sont liés aux infrastructures de télécommunication – réseau fixe et mobile – ou aux technologies de l’information. C’est notre fil rouge. Avec Swisscom Health, par exemple, nous ne faisons pas le travail des médecins, mais nous leur fournissons une infrastructure informatique pour faciliter leur travail. C’est ça, la digitalisation. Et c’est ce vers quoi nous devons concentrer aujourd’hui nos efforts.

Swisscom fait beaucoup jaser ces temps-ci à cause du transfert de données vers Admeira. Ce transfert est-il discriminatoire?

Il ne faut pas faire de guerre à propos d’Admeira. Ceux qui critiquent oublient que nos concurrents dans ce domaine sont des acteurs comme Google ou Facebook. Nous souhaitons que le business reste en Suisse. On parle beaucoup des données (big data), mais l’avantage compétitif ce ne sont pas les données, mais la capacité d’en tirer quelque chose. C’est le smart-data.

Peut-on dire que Swisscom connaît l’âge, le sexe et la région de domicile de quasiment toute la population suisse?

Swisscom dispose de ces informations pour ses propres clients. Il y a beaucoup de compagnies qui disposent de données du genre. Tamedia avec Ricardo.ch, mais aussi Coop et Migros avec leurs cartes de fidélité.

Dans ce contexte compétitif, pourquoi avoir choisi de vous encombrer d’un nouveau mandat de service universel?

Ce service représente une part négligeable de notre chiffre d’affaires et coûte cher. Mais c’est notre responsabilité en tant qu’opérateur historique et en tant qu’entreprise suisse. Par ailleurs, nous avons postulé sans que personne d’autre ne brigue ce mandat, le Conseil fédéral aurait sans doute désigné le leader du marché, Swisscom. Je ne suis pas certain que le fait de fournir ces services de base (réd: raccordement téléphonique, connexion minimale de 3 Mbits/s) ait un grand impact sur la perception que nos clients ont de notre entreprise.

Vos résultats sont consolidés. Pourquoi ne pas détailler chaque activité?

Toutes nos activités convergent et ont évolué de sorte à devenir indissociables. Nos abonnements combinent mobile, TV, Internet. Ce serait irréaliste de tenter de segmenter les résultats. C’est pourquoi nous nous contentons de distinguer grands clients (réd: entreprises) et particuliers.

Les politiques vous demandent-ils plus de transparence?

Les critiques viennent parfois du politique, en raison de notre appartenance à 51% à la Confédération. Mais encore une fois, nous sommes tenus aux mêmes règles de publication que n’importe quelle société en Bourse, nous ne pouvons pas risquer un délit d’initié.

La deuxième vague de digitalisation saturera-elle le réseau?

Le volume de données double chaque année sur le réseau mobile, un peu moins sur le réseau fixe. C’est exponentiel durant ces prochaines années. Nous sommes dans un marché saturé, tant au niveau des téléphones mobiles que de la télévision ou du haut débit.

Sunrise et Salt sont-ils agressifs?

Nous n’avons jamais eu une situation aussi compétitive qu’aujourd’hui. Mais notre ambition est de défendre nos parts de marché.

On vous a reproché d’être trop cher, notamment vos SMS…

Oui, mais maintenant, ils sont gratuits! Les prix ont baissé d’au moins un tiers en 10 ans. Prenez l’itinérance: aujourd’hui 75% des données sont gratuites. Le forfait Infinity comprend le roaming gratuit en Europe où nous sommes les plus avantageux. Mais cela nous coûte. En 2016, 100 millions de francs. Et en 2017, 70 millions. Si vous comparez avec l’étranger, Swisscom est dans la moyenne. Mais la qualité en Suisse, pas uniquement chez Swisscom, est beaucoup plus élevée.

suppression de postes

En 2016, Swisscom a biffé 700 postes et prévoit d’en supprimer encore 5000 cette année. La Suisse romande est-elle touchée? Urs Schaeppi répond par l’affirmative.

«Oui, mais en Suisse romande par exemple, nous avons créé plus de postes qu’avant. Nous sommes une compagnie en perpétuelle restructuration. Il y aura en 2017 quelques emplois perdus en Suisse romande. Le domaine de la téléphonie fixe va être à nouveau concerné, ainsi que les centraux téléphoniques, que nous maintenons en Suisse. Mais nous allons accroître à nouveau le nombre d’emplois dans le domaine internet, cela dépend de nos succès sur le marché.»

«C’est très difficile de construire une antenne»

RAPPEL DES FAITS

Entre innovation, diversification et digitalisation, Urs Schaeppi, patron de Swisscom, ne perd pas le fil.

Urs Schaeppi, vous avez 15 ans de maison. Qu’est-ce qui a le plus changé?

La technologie, bien sûr, et les produits. J’étais chef du secteur mobile et après je suis devenu responsable des grandes entreprises et enfin responsable pour la Suisse. A mes débuts, le mobile était uniquement vocal. Après, il a évolué vers le transfert de SMS, l’internet et l’accès aux données. Il y a toujours eu de l’évolution.

La 5G sera-t-elle prête en 2020?

On parle beaucoup de la technologie 5G mais elle n’est pas encore standardisée. C’est tout au plus de la 4G plus. Pour la 5G, il faut aussi avoir un réseau à la hauteur. En général le réseau est prêt à temps, mais il faut souvent attendre les appareils correspondant à cette technologie. Nous avons un partenariat avec l’EPFL et Ericsson pour un projet de standardisation de cette technologie.

Multiplierez-vous les antennes?

Pour la Suisse, le grand défi de la 5G, est l’ordonnance sur les rayons non ionisants (RNIS). Nous sommes condamnés à les multiplier pour respecter ces normes donc à dépenser plus d’argent pour l’implantation de cette infrastructure et nous n’en avons pas les moyens. Il faut que le politique se pose la question des valeurs limites qui sont dix fois plus exigeantes que dans l’Union européenne. Le Parlement a déjà refusé l’augmentation des valeurs limites. Je l’accepte, mais cela met les opérateurs devant un véritable défi. L’OMS a prescrit des normes dix fois moins sévères qu’en Suisse tenant déjà compte du principe de précaution. Je ne suis pas médecin, mais ce que dit l’OMS me semble raisonnable.

Y a-t-il toujours autant d’opposition aux mâts de téléphonie mobile?

Oui, c’est très difficile de construire une nouvelle antenne en Suisse.

Pourtant, vous payez des loyers intéressants aux propriétaires qui mettent à disposition leur terrain pour une antenne. Jusqu’à 30 000 francs par an…

Cela représente beaucoup de dépenses. La somme varie. Nous nous basons sur la valeur locative de la région pour fixer un montant.


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