20.04.2017, 21:31

L’opposition tient tête au Venezuela

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L’énorme manifestation de mercredi a réuni au moins une centaine de milliers d’opposants dans les rues de Caracas, la capitale vénézuélienne.

 20.04.2017, 21:31 L’opposition tient tête au Venezuela

Par PATRICK BÈLE

Une nouvelle manifestation contre le pouvoir chaviste était organisée hier, après celle de mercredi, qui a fait plusieurs morts. Nicolas Maduro accuse les Etats-Unis.

L’opposition vénézuélienne ne relâche pas la pression sur le pouvoir chaviste. Après la «mère des manifestations» de ce mercredi, qui a réuni au moins une centaine de milliers de manifestants à Caracas, une nouvelle manifestation était organisée hier dans les mêmes 26 points de rencontre et selon les mêmes itinéraires.

La manifestation de mercredi a un lourd bilan: 500...

L’opposition vénézuélienne ne relâche pas la pression sur le pouvoir chaviste. Après la «mère des manifestations» de ce mercredi, qui a réuni au moins une centaine de milliers de manifestants à Caracas, une nouvelle manifestation était organisée hier dans les mêmes 26 points de rencontre et selon les mêmes itinéraires.

La manifestation de mercredi a un lourd bilan: 500 interpellations et trois morts. «Il y a au moins deux morts par balles», a déclaré le directeur de l’ONG Foro penal, Alfredo Romero. «Paola Ramirez, 24 ans, tuée à San Cristobal, dans l’Etat de Tachira, et Carlos Moreno, 17 ans, à Caracas.» Aucune information n’avait été fournie sur le décès de Carlos Moreno à Caracas.

Un sergent aussi tué

Un membre de la garde civile a aussi été assassiné par un franc-tireur dans l’Etat de Miranda. Il s’agit du sergent Niumar José Barrios, âgé de 35 ans. «Ils (réd: les opposants) viennent d’assassiner un garde national à San Antonio de Los Altos», s’est insurgé Diosdado Cabello, le numéro deux du PSUV, le parti chaviste. José Vielma Mora, gouverneur du Tachira, affirme que le tireur, âgé de 31 ans, s’appelle Ivan Peria Davila, et qu’il «aurait tiré depuis son appartement sur un groupe de motards». De tels groupes de motards ont l’habitude de circuler aux abords des manifestations de l’opposition, semant la terreur, car ils sont souvent armés.

Une centaine de manifestants serait toujours aux mains des forces de l’ordre. Le président Nicolas Maduro a accusé les Etats-Unis de vouloir fomenter un coup d’Etat et l’opposition d’appeler l’armée à l’insurrection. Il a lancé un avertissement au président de l’Assemblée nationale, où l’opposition est majoritaire depuis décembre 2015: «Julio Borges, tu es le chef du coup d’Etat. Après, ne te plains pas, quand la justice viendra. Je te préviens avant: je suis décidé à défendre la patrie, et je ne vais pas céder un millimètre.»

Des rumeurs de coup d’Etat militaire, alimentées par le président Maduro lui-même, circulent depuis plusieurs jours. Trois lieutenants ont diffusé sur Internet une vidéo où ils appelaient à l’insurrection des forces armées, mais, selon la plupart des observateurs, il s’agissait au mieux d’inconscients, au pire d’une provocation de la part du gouvernement. Deux généraux ont été arrêtés ces derniers jours: le général Angel Vivas a été présenté devant un tribunal militaire le 8 avril, selon le défenseur du peuple, Tarek William Saab. Le vice-amiral Pedro Perez Rodriguez a été arrêté ce mardi à son domicile.

«Il n’y a pas de lien entre l’armée et l’opposition»

«Il n’y a pas de signe d’insurrection dans l’armée», précise Rocio San Miguel, spécialiste des forces armées et directrice de l’ONG Control ciudadano. «Les militaires sont pragmatiques. Ils savent qu’une insurrection de leur part ne serait pas acceptée par l’opposition, ni par la société.» Pour le journaliste Leocenis Garcia, «il n’y a pas de lien entre l’armée et l’opposition, qui ne manque jamais une occasion d’accuser les militaires de corruption et d’être des narcotrafiquants. Jamais l’armée ne cherchera à renverser Nicolas Maduro pour transmettre le pouvoir à l’opposition. Ce qui se passe, c’est une lutte interne. La vraie bataille n’a pas lieu entre l’opposition et le gouvernement, mais au sein même du chavisme».

L’opposition demande l’organisation des élections régionales reportées depuis décembre 2016, la libération des prisonniers politiques, la création d’un corridor humanitaire pour permettre l’acheminement de nourriture et de médicaments.

La première préoccupation de la population est économique. Dans un pays où le contrôle des changes est très strict, «le pouvoir ne distribue de devises que pour importer de la nourriture et de l’essence», explique un bon connaisseur des échanges extérieurs du Venezuela. «Dans les hôpitaux et les pharmacies, il n’y a plus un seul médicament. Il y a une véritable urgence sanitaire.»

Face à ces urgences, le pouvoir vient d’exproprier l’usine General Motors, qui employait plus de 2000 personnes. Cet équipement tournait au ralenti, faute de disposer de devises pour importer des pièces détachées. La plupart des nationalisations qui ont eu lieu depuis dix ans ont conduit à la diminution, voire la disparition, de la production dans les usines, faute de personnel compétent.

L’inflation en 2017 pourrait atteindre 1000 pour cent. Les pénuries touchent plus de 80% des produits, dans un pays qui dispose des plus importantes réserves de pétrole au monde. Pire: le Venezuela pourrait éprouver rapidement des difficultés à emprunter pour honorer ses échéances financières. Le Parlement refusant de valider de nouveaux emprunts, les prêteurs habituels, la Chine et la Russie principalement, se montrent réticents à contracter des prêts sans la garantie du Parlement. Le Figaro


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