19.05.2017, 00:01  

Un casting gouvernemental de rêve pour l’Europe

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Par Bruxelles, Tanguy Verhoosel

Certains nouveaux ministres ont la cote auprès de Bruxelles et Berlin.

Cela n’a échappé à personne, à Bruxelles: Jean-Yves Le Drian a été nommé au poste, important, de ministre de l’Europe et (puis seulement) des Affaires étrangères, au sein du nouveau gouvernement français. L’ordre des attributions du Breton reflète bien celui des priorités du nouveau président français, Emmanuel Macron: la relance de l’intégration européenne sera au cœur de son quinquennat, pour peu que les troupes de son mouvement, La République en marche, ne soient pas décimées le 18 juin, le jour du second tour des élections législatives, qui marquera également le 202e anniversaire de la bataille de Waterloo, fatale pour Napoléon...

Le choix du vieux briscard breton, que secondera l’expérimentée Marielle de Sarnez, l’âme damnée de François Bayrou au Parlement européen (elle y siégeait depuis 1999), n’est pas anodin non plus: de tous les ministres qui ont formé le précédent gouvernement socialiste, c’est sans doute Jean-Yves Le Drian qui a laissé la plus forte impression, dans la capitale de l’Europe ainsi qu’en Allemagne, le pays dominateur de l’Union européenne que Paris entend sérieusement (re)courtiser.

La France pourra compter sur trois autres grands serviteurs de l’Etat et de l’Europe, qui manient la langue de Goethe aussi bien que celle de Voltaire, dans ce contexte.

Philippe Etienne, l’homme de l’ombre, pour commencer. Emmanuel Macron a très habilement fait de ce diplomate chevronné son conseiller diplomatique personnel. Il était, jusqu’à présent, l’ambassadeur de France en Allemagne et fut, de 2009 à 2014, celui de son pays auprès de l’Union européenne.

La centriste du Modem Sylvie Goulard, ensuite, qui prendra la succession de Jean-Yves Le Drian au poste, quasi-régalien, de ministre des Armées.

Le renforcement de l’Europe de la défense fait partie des dadas d’Emmanuel Macron. Européenne convaincue, eurodéputée depuis 2009, après avoir été conseillère de l’ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, Sylvie Goulard manque sans doute d’expérience en la matière. Mais elle a été le trait d’union entre Emmanuel Macron et la chancelière allemande, Angela Merkel, qui se sont déjà rencontrés deux fois depuis mars.

Economie et finances aussi...

Leurs discussions n’ont pas uniquement porté sur la défense. L’obsession de l’Allemagne, ce sont les questions économiques et financières.

Au Parlement européen, Sylvie Goulard a acquis une réputation de spécialiste dans ce domaine. C’est toutefois Bruno Le Maire, issu du camp des Républicains, qui sera chargé de traiter ce casse-tête.

Il s’y attellera dès lundi matin, à Berlin, où il sera reçu par le ministre allemand des Finances, l’intransigeant Wolfgang Schäuble. Les deux ministres se rendront ensuite ensemble à une réunion des grands argentiers de la zone euro, à Bruxelles, où se décidera probablement l’avenir de la Grèce. Ancien secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, puis ministre de l’Agriculture, entre 2008 et 2012, Bruno Le Maire est, lui aussi, un fin connaisseur des affaires européennes.

Il sait qu’avant de pouvoir convaincre l’Allemagne d’engager une profonde réforme de la gouvernance de la zone euro (une autre marotte d’Emmanuel Macron), la France devra montrer patte blanche à Berlin, en matière d’orthodoxie budgétaire. Une tâche difficile, qui nécessitera des sacrifices quasi suicidaires, en raison de l’état calamiteux des finances publiques de la République. Bruxelles, Tanguy Verhoosel


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