07.12.2017, 00:01  

«La Suisse doit se faire confiance»

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Sous le regard intrigué de son vice-président, Ueli Maurer, Alain Berset brandit le biscôme offert par son «compatriote» fribourgeois Dominique de Buman, tout frais président du Conseil national, en ce jour de la Saint-Nicolas, patron de la ville de Fribourg.

 07.12.2017, 00:01   «La Suisse doit se faire confiance»

CONFÉDÉRATION Le socialiste fribourgeois Alain Berset a été élu, hier, président sans coup férir.

La journée avait à nouveau une coloration fribourgeoise, hier, sous la Coupole fédérale. Dix jours après l’élection de Dominique de Buman au titre de président du Conseil national, et donc de premier citoyen du pays, c’est le conseiller fédéral Alain Berset qui était à l’honneur. L’Assemblée fédérale, à savoir les deux Chambres réunies, l’a élu président de la Confédération...

La journée avait à nouveau une coloration fribourgeoise, hier, sous la Coupole fédérale. Dix jours après l’élection de Dominique de Buman au titre de président du Conseil national, et donc de premier citoyen du pays, c’est le conseiller fédéral Alain Berset qui était à l’honneur. L’Assemblée fédérale, à savoir les deux Chambres réunies, l’a élu président de la Confédération par 190 voix sur 210 bulletins valables. C’est un excellent score. Au cours de ces dernières années, il n’y a que Pascal Couchepin qui ait fait mieux, avec 197 voix en 2008. Le nouveau président succédera à Doris Leuthard le 1er janvier prochain.

Soyons clairs: le suspense n’était pas de mise. La candidature d’Alain Berset était soutenue par l’ensemble des groupes politiques. C’est bien pourquoi l’intérêt s’est surtout porté sur son résultat. Allait-il être pénalisé pour son engagement dans la campagne pour la réforme de la prévoyance vieillesse? Il n’en a rien été. Sa bonne élection fait même figure de lot de consolation. «Il aurait peut-être fait un moins bon résultat s’il avait gagné la votation», note le vice-président du PLR Christian Lüscher.

Ueli Maurer vice-président

Cela n’a pas empêché quelques réactions de mauvaise humeur. Sur les 228 bulletins délivrés, 14 étaient blancs et quatre nuls, tandis que 20 voix sont allées à d’autres personnalités. D’où vient l’opposition? L’UDC valaisan Jean-Luc Addor dément un geste de l’UDC. «Il n’y avait en tout cas rien de concerté.»

Dans la foulée, l’UDC Ueli Maurer a été élu vice-président du Conseil fédéral par 178 voix sur 192 bulletins valables. Un score bien meilleur que celui qu’il avait obtenu en 2012, pour sa première présidence (148 voix). Une partie de la gauche lui avait alors refusé son soutien, car elle lui reprochait un manque de collégialité.

Alain Berset a choisi, pour sa part, de valoriser l’unité du Conseil fédéral. «Un président n’agit jamais seul», a-t-il souligné après son élection. «La collégialité est au cœur de notre mode de fonctionnement.»

Selon lui, la Suisse peut aborder l’avenir avec confiance. «C’est un pays sûr et prospère qui respecte l’Etat de droit. Elle a été capable de réagir au non à l’Espace économique européen (EEE), il y a 25 ans, en développant la voie bilatérale avec l’UE. Mais tout cela ne va pas de soi. Nous sommes pris dans des phénomènes globaux qui nous dépassent, comme la mondialisation, la révolution numérique ou encore l’évolution européenne. Nous n’avons jamais été aussi forts que quand nous avons été capables d’anticiper ces mouvements. N’oublions pas que la Suisse doit une partie de son succès au fait d’avoir été, avec l’Angleterre, le premier pays du continent européen à s’être industrialisé, au 19e siècle.»

Troisième Fribourgeois

Le nouveau président sera reçu en terre fribourgeoise le 14 décembre, mais il a déjà eu un avant-goût, hier, de ce qui l’attend dans son canton. Le tout Fribourg, Conseil d’Etat en tête, avait fait le déplacement de Berne et «Le ranz des vaches» a suscité l’émotion coutumière dans les couloirs du Palais fédéral. Le Belfagien est reparti avec un grand biscôme sous le bras, cadeau de Dominique de Buman, qui n’a pas manqué de rappeler que l’élection avait lieu le jour de la Saint-Nicolas, patron de la ville de Fribourg. Une façon aussi de marquer la rareté de l’événement. Alain Berset n’est que le troisième Fribourgeois à présider la Confédération, après Jean-Marie Musy, en 1925 et 1930, puis Joseph Deiss, en 2004.

Tous partis confondus, les élus fribourgeois ont salué l’élection de «leur» président de la Confédération. Même le conseiller national UDC Jean-François Rime, pourtant situé à l’autre extrémité de l’échiquier politique, arborait les couleurs socialistes d’Alain Berset: «Ma cravate rouge? C’est effectivement en l’honneur d’Alain Berset. J’avais pris cette cravate dans mes bagages, et c’était prévu de la porter aujourd’hui. En plus, je n’avais pas le choix, puisque j’ai taché ma deuxième cravate hier soir!», plaisante-t-il.

Dans la foulée, le président de l’UDC, le conseiller national Albert Rösti (BE), relevait que «plusieurs membres de notre parti ont effectivement voté pour Alain Berset, car nous respectons le système de concordance qui accorde deux sièges au Conseil fédéral aux trois plus grands partis. Alain Berset est également quelqu’un qui se tient aux règles de fonctionnement du Conseil fédéral».

Cela dit, le Bernois «attend de lui qu’il reste un primus inter pares (réd: le premier parmi les pairs) et ne se comporte pas en chef d’Etat «à la française». Il ne faudrait surtout pas imiter Doris Leuthard (PDC), qui s’est permis de «prendre» le dossier européen au ministre des Affaires étrangères».

Toujours à droite, la Schwyzoise Petra Gössi, présidente du PLR et conseillère nationale, aborde la présidence du socialiste l’esprit serein. «Je le félicite sincèrement. J’attends qu’il renforce l’image du pays, en Suisse et à l’étranger, et défende nos valeurs. Mais je ne me fais aucun souci en ce qui le concerne. Je trouve que c’est un excellent homme d’Etat, même si nous ne sommes évidemment pas toujours du même avis politiquement.» Philippe Boeglin

Il est toujours difficile d’expliquer à l’étranger que la Suisse a une présidence tournante et que celui qui en a la charge pendant une année n’est qu’un primus inter pares dépourvu de pouvoir particulier. Il ne faudrait pourtant pas sous-estimer la portée de cette fonction.

Le président de la Confédération est un peu le pompier de la nation. Il ne se contente pas de diriger les séances du Conseil fédéral et de couper les rubans, mais il intervient dans les moments difficiles et représente la Suisse dans les rencontres internationales de niveau gouvernemental. Cela pourrait amener Alain Berset, l’an prochain, à participer au dénouement des relations complexes entre la Suisse et l’Union européenne.

C’est un rôle à la mesure d’un homme qui aime respirer l’air du large. Sa bonne élection montre que le Parlement ne craint pas qu’il abuse de la fonction. Le Fribourgeois est un fin manœuvrier, mais il a le respect des institutions chevillé au corps.

La limite de l’exercice est connue. Comme ses prédécesseurs, le nouveau président devra assumer sa fonction parallèlement à celle de son département. C’est une lourde charge quand on dirige un département aussi exposé que celui de l’Intérieur. Alain Berset doit notamment reprendre à zéro la réforme de la prévoyance vieillesse et trouver des mesures aptes à freiner l’envol des primes d’assurance maladie.

La tâche est titanesque, mais à 45 ans, le Fribourgeois a pour lui l’énergie de la jeunesse. Aucun défi ne semble le rebuter.

UNE ÉLECTION LARGEMENT SALUÉE


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