20.05.2017, 00:01  

«Nous avons évité les pièges»

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Dominique de Buman, à propos de la Crimée: «Nous avons réitéré la position de la Suisse dans notre compte-rendu de visite,  et souligné que cette annexion était illégale du point de vue du droit international public.»

 20.05.2017, 00:01   «Nous avons évité les pièges»

Par philippe boeglin

De retour de Russie, le député Dominique de Buman estime que la visite a été bénéfique.

L’annonce a (très) légèrement fait jaser. Cette semaine, une délégation de parlementaires suisses s’est rendue en Russie, dans le fief du controversé Vladimir Poutine.

Outre le président du Conseil national Jürg Stahl (UDC, ZH), et la seconde vice-présidente, Marina Carobbio Guscetti (PS, TI), tous les groupes étaient représentés. Le premier vice-président du National, Dominique de Buman (PDC, FR), était...

L’annonce a (très) légèrement fait jaser. Cette semaine, une délégation de parlementaires suisses s’est rendue en Russie, dans le fief du controversé Vladimir Poutine.

Outre le président du Conseil national Jürg Stahl (UDC, ZH), et la seconde vice-présidente, Marina Carobbio Guscetti (PS, TI), tous les groupes étaient représentés. Le premier vice-président du National, Dominique de Buman (PDC, FR), était également de la partie. Entretien.

L’invitation russe était pendante depuis 2014. Pourquoi ne l’honorer que maintenant?

Le président du Conseil national, Jürg Stahl (UDC, ZH), a jugé que le moment était propice, afin de décrisper la situation, marquée par la crise en Ukraine et l’annexion de la Crimée, qui datent de 2014.

Parlons de la Crimée… Avez-vous exprimé votre désapprobation de l’annexion russe?

Oui, bien sûr. Nous avons réitéré la position de la Suisse dans notre compte-rendu de visite, et souligné que cette annexion était illégale du point de vue du droit international public.

Pourquoi n’avez-vous pas pu le dire de vive voix?

Les Russes nous ont asséné leur doctrine officielle: le transfert de la Crimée dans le territoire russe résulte d’un vote populaire, et la population a toujours voulu quitter l’Ukraine pour rejoindre Moscou, puisqu’elle est historiquement russe. A la suite de quoi, nos hôtes ont brusquement levé la séance.

Cet exemple ne met-il pas en doute l’utilité d’une telle visite?

Pas du tout. La Confédération doit tenir son rôle de médiatrice œuvrant pour la paix. Elle reste d’ailleurs bien perçue par les Russes, grâce à sa neutralité et son indépendance, entre autres vis-à-vis de l’Union européenne (UE).

Certaines voix suisses ont critiqué ce voyage...

Je rappelle quand même que les relations diplomatiques ne sont pas rompues! Il est donc préférable d’aller voir la réalité sur place. J’ajoute que nous avons évité les pièges, et qu’il n’y a aucun cadeau somptueux.

La Suisse retire-t-elle des bénéfices de l’opération?

Tous les partis de l’Assemblée fédérale étaient représentés au sein de la délégation, ce qui donne une image d’unité et épaule notre ambassade et notre consulat général en Russie. En outre, une foire économique se tenait pendant notre séjour, à laquelle participaient des entreprises suisses, surtout l’industrie de précision. Nous avons écouté leurs préoccupations, qui touchent notamment les sanctions européennes à l’égard de Moscou (réd: décrétées depuis la crise en Ukraine et en Crimée).

D’un côté, l’économie suisse ne veut surtout pas renforcer ces sanctions, de l’autre l’UE attend que Berne serre davantage la vis…

Notre délégation a collé à la stratégie du Conseil fédéral: pas question de contourner les sanctions, mais pas question non plus de les durcir.

Autre sujet brûlant: le drame en Syrie. Avez-vous critiqué l’alliance des Russes avec le dictateur Bachar al-Assad?

Encore une fois, il s’agissait d’incarner la position suisse. La Confédération est neutre, et n’a pas à prendre parti. Pour rappel, elle organise les pourparlers de paix à Genève.

Le président du Parlement russe, Viatcheslav Volodine, a publiquement invité Jürg Stahl à se rendre en Syrie...

... et Jürg Stahl a décliné, invoquant un emploi du temps trop chargé. Il était bien entendu hors de question de participer à une telle opération de propagande.

Moscou et son homme fort Vladimir Poutine sont régulièrement épinglés pour des méthodes antidémocratiques. Avez-vous rencontré l’opposition?

Un représentant de l’ONG Amnesty International, un politicien critique à l’égard de Poutine, et des membres de la société civile nous ont exposé leur vision des choses. Tout comme un officiel de la Géorgie, pays qui a rompu ses relations diplomatiques avec la Russie. A noter que la Suisse représente mutuellement les intérêts des deux pays.

Avez-vous fait part d’inquiétudes quant aux minorités sexuelles et ethniques?

Un défenseur de ces causes, vu sur place, n’avait pas réussi à réunir des preuves nous permettant ensuite d’aborder sérieusement la question avec nos interlocuteurs.

Une récente loi russe dépénalise la violence conjugale...

Nous avons abordé la question. Les Russes nous ont fermement rétorqué que la Suisse n’avait introduit le droit de vote des femmes qu’en 1971, contre 1917 pour leur part. Ils ne se sont pas non plus privés de relever une intervention parlementaire en Suisse allant un peu dans la même direction que leur loi controversée...

Et pour finir, combien de vodkas avez-vous bues durant tout le séjour?

(forme un zéro avec ses mains) Vous ne me croirez peut-être pas: aucune! Zéro!


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