21.04.2017, 00:01  

«On doit remettre la priorité sur l’accompagnement»

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Vice-président de l'Association valaisanne des assistants et intervenants sociaux, Pascal Schmid déplore notamment la perte de contact de la profession avec le terrain.
Par PATRICE GENET

Créée il y a un an, l’Association valaisanne des assistants et intervenants sociaux dresse le constat d’une précarisation de la société et déplore une «administratisation» du métier.

Créée il y a un an dans le but de promouvoir le statut professionnel et défendre les droits des assistants sociaux (AS), et forte aujourd’hui de 100 membres sur les quelque 300 AS que compte le canton, l’Association valaisanne des assistants et intervenants sociaux (AVAIS) est inquiète.

Elle dresse un double constat: celui de la précarisation de la société et celui de l’«administratisation» de la profession. L’AVAIS, qui a notamment noué des contacts avec l’Association valaisanne des travailleurs sociaux ainsi qu’Avenir Social, la faîtière suisse, entend à l’avenir se faire entendre au niveau politique.

Assistant social à la Croix-Rouge, ancien membre du comité d’Avenir Social, le vice-président de l’AVAIS Pascal Schmid a œuvré dans le domaine social dans quatre cantons, Vaud, Fribourg et Genève, avant d’arriver en Valais. Interview.

Pascal Schmid, vous faites un constat, celui de la précarisation de la société, en Valais comme ailleurs en Suisse romande...

Oui. La situation s’est dégradée depuis une dizaine d’années, à cause de la mondialisation et de l’individualisation de la société. On a une économie qui va bien, mais on a des gens qui ont faim. Et qui doivent se tourner vers l’aide sociale. La solidarité familiale, «clanique», peut-être plus forte en Valais qu’ailleurs, s’est cassée.

D’où est partie cette idée d’association des travailleurs sociaux?

D’une frustration, notamment. Beaucoup de collègues sont frustrés par l’orientation prise par le métier. Il devient nécessaire, aujourd’hui, de trouver des solutions au-delà de la distribution d’argent.

C’est-à-dire?

On a de moins en moins le temps de rencontrer les gens. Je passe les 70 à 80% de mon temps à faire de l’administratif, et 20% sur le terrain. Le travail administratif est nécessaire, mais pour moi ce n’est pas la même chose de monter un dossier pour des demandes de subsides ou de monter un dossier avec la personne afin qu’elle puisse décrocher un job.

En clair: actuellement, vous faites des demandes de poisson au lieu d’apprendre à la personne à pêcher…

Exactement. Et le poisson commence à manquer. Aujourd’hui, on est malheureusement plus axés sur la générosité financière que sur la solidarité humaine.

Comment inverser la tendance?

Ce n’est pas de la nostalgie, mais je crois qu’il y a des choses qui se sont perdues dans les cursus de formation, notamment du côté des Hautes écoles. Avant, on axait peut-être plus sur le travail social, l’éthique, la déontologie, l’analyse de pratiques, et un peu moins sur le côté juridique, légal, administratif. Il faut retrouver les fondamentaux du métier. Parce qu’on se rend compte que les gens se prennent en main… quand on prend le temps de les écouter. Pour moi, la solidarité, c’est ça.

De quoi avez-vous besoin? De plus de temps?

De plus de temps, et de plus d’assistants sociaux. En Valais, dans le domaine de l’aide sociale, certains assistants sociaux peuvent gérer jusqu’à 80 dossiers. Pour pouvoir faire le boulot comme il devrait être fait, il ne faudrait pas plus de 50 dossiers. On doit remettre la priorité sur l’accompagnement des gens.

Quelles manettes faut-il actionner, selon vous, pour que la situation évolue?

Les politiques doivent prendre la dimension du problème. Nous avons la volonté d’organiser une rencontre avec le Service de l’action du canton du Valais, et Mathias Reynard souhaite nous rencontrer. Cela dit, ce sera à nos membres de se prononcer sur l’orientation que devra prendre l’association. Nous ne nous sommes pas positionnés, jusqu’ici, sur le plan politique. Nos membres devront décider s’ils veulent davantage d’une association axée sur les pratiques du métier, ou s’ils veulent au contraire que l’AVAIS se profile plus sur le plan politique.


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