21.04.2017, 00:01  

Quand 3000 vestes rouges mettent le feu à Nendaz

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Par Noémie fournier (textes)

ÉVÉNEMENT - Le Swiss Snow Happening a débarqué mercredi à Nendaz. La première édition romande est en passe de battre tous les records.

Le Swiss Snow Happening, c’est la rencontre annuelle de tous les professeurs de ski du pays. Vous savez, ces individus qui considèrent les chaussures de ski comme des pantoufles et qui affichent des marques de bronzage à la façon d’un panda. Pendant une semaine, tous se réunissent au même endroit pour fêter la fin de l’hiver, mais pas seulement. La journée, les meilleurs d’entre eux se confrontent en...

Le Swiss Snow Happening, c’est la rencontre annuelle de tous les professeurs de ski du pays. Vous savez, ces individus qui considèrent les chaussures de ski comme des pantoufles et qui affichent des marques de bronzage à la façon d’un panda. Pendant une semaine, tous se réunissent au même endroit pour fêter la fin de l’hiver, mais pas seulement. La journée, les meilleurs d’entre eux se confrontent en géant, big air, télémark, descente synchronisée, skicross ou encore ski de fond. Une organisation dantesque pour l’Ecole suisse de ski de Nendaz qui accueille cette année l’événement. L’enjeu est de taille puisque normalement prisée des Suisses alémaniques, l’événement fait pour la première fois escale chez les Romands.

Samedi, la manifestation se terminera en feux d’artifice avec les finales de la descente synchronisée, ouvertes au public, dès 13 h 30 sur la piste du Clou. Le soir, ils seront des milliers à assister au couronnement de «la» et «du» meilleur professeur de ski. Ces champions repartiront avec les honneurs et devinez quoi? Un casque doré.

Noémie fournier (textes)

Héloïse Maret (Photos)

 

«Prof de ski, c’est aussi une mission touristique»

Réchauffement climatique, franc fort, baisse des journées-skieurs, il ne se passe plus un hiver sans que la pratique du ski soit discutée et remise en question. En marge de la fête qui se tient à Nendaz, le Zermattois Karl Eggen, président de Swiss Snow Sports, et le directeur Riet Campell, originaire d’Engadine, relèvent les défis avec optimisme et avec un slogan: «l’espoir meurt en dernier».

Avec 21,5 millions de journées-skieurs enregistrées la saison passée en Suisse, la fréquentation n’a jamais été aussi faible en vingt-cinq ans. C’est le désamour du ski?

Karl Eggen: C’est un thème permanent dans nos discussions et nous ne restons pas les bras croisés et nous tentons de ramener les gens vers le ski. Mais si le nombre de skieurs a effectivement diminué, les professeurs de ski ont toujours une masse de travail comparable. Nous estimons que pour 10000 lits, nous captons entre 5 et 8% de la clientèle. Nous avons aussi observé que la tendance est aujourd’hui davantage aux cours individuels qu’aux cours collectifs.

Riet Campell: Je crois qu’il faut préciser qu’en Europe il n’y a pas moins de skieurs. Simplement, ils se répartissent différemment.

Mais c’est un fait, il y a de moins en moins de camps de ski, comment vous espérez attirer les jeunes?

R.C. Nous avons mis sur pied il y a trois ans notre initiative sur les sports de neige, intitulée gosnow.ch. Elle vous permet de réserver, en un clic, une semaine blanche et un camp de ski pour les enfants. Trois ans après, le succès est au rendez-vous.

K.E. Le principal problème des camps de ski était une question de responsabilité. Plus personne ne voulait assumer ce risque. Nous avons donc mis sur pied cette plate-forme qui se charge des questions de responsabilités et de l’encadrement.

Les hivers se raccourcissent et la tendance devrait s’accentuer. Est-ce que ça vaut encore la peine de former des jeunes au ski?

K.E. Il y a d’abord une question de valeur ajoutée. Une journée de ski génère trois fois plus de valeur ajoutée pour une station qu’une journée en été et de nombreux acteurs, dont les professeurs de ski, en bénéficient. Ensuite il y a une question de sensibilisation, le ski fait en quelque sorte partie de notre culture, nous devons l’entretenir.

R.C. Et quant au réchauffement climatique, la Suisse a la chance de disposer des plus hautes montagnes d’Europe et des plus hauts domaines skiables. La solution de l’enneigement artificiel existe et l’Autriche, l’Italie, sont nettement plus en avance que nous sur cette question. C’est un choix à faire.

Cela reste difficile d’attirer de nouveaux clients alors que l’enseignement du ski n’a jamais été aussi simple avec le carving?

K.E. Pendant trop longtemps, nous, les professeurs de ski, avons attendu que les clients viennent à nous. Et aujourd’hui on se rend compte que nous devons beaucoup plus aller les chercher, faire du marketing dans les villes pour ramener les gens au ski. Nous ne devons plus seulement nous occuper de technique de ski mais aussi contribuer à vendre toute la dimension de la vie à la montagne. Nous avons une bonne image et nous devons mieux l’utiliser.

Et au projet de Jeux olympiques, vous y croyez pour refaire vivre le ski?

R.C. En tant que citoyen de l’Engadine, je dois dire que je ne me suis toujours pas remis du refus des Grisons et surtout du non très net dans les communes de Davos et Saint-Moritz, en plein championnats de monde de ski. C’était un très mauvais signal. Et pire, il n’y avait aucune proposition concrète d’alternative au ski pour maintenir la vie dans les régions de montagne. Je place mes espoirs dans le projet romand et je suis convaincu que l’impact sur les jeunes et sur les sports de neige sera positif.

Le problème du ski n’est-il pas d’abord son prix?

R.C. C’est certain, partir en vacances au ski coûte cher. Pour un même budget pour une semaine de vacances au ski, certains partiront trois semaines en croisière ou à la plage. Il faut de l’innovation et nous devons admettre que nous sommes peut-être restés un peu «vieux» par le passé.

K.E. Paradoxalement, par rapport aux autres pays, nous ne sommes pas si chers en termes de leçons de ski, c’est même plutôt comparable. La différence vient surtout des prix des remontées mécaniques qui subissent la différence avec le franc fort. Et à ce titre, on peut se réjouir de voir toutes les initiatives du type de Saas-Fee et du Magic Pass.

Précisément, ces initiatives ne font pas l’unanimité au sein des remontées mécaniques. A vos yeux elles sont nécessaires?

R.C. Tout va changer très vite dans le monde de ski et c’est très positif. Les attentes des clients se modifient, tous ne veulent plus forcément skier toute la journée et quantité d’autres activités se développent en parallèle. On peut imaginer qu’il faudra réfléchir à des forfaits à l’heure, par exemple.

Sans transition, les disciplines hors pistes vivent aujourd’hui un important essor mais sont d’abord de la compétence des guides de montagne. Vous vous y intéressez?

R.C. La loi sur les activités à risque limite nos domaines de compétences. Cependant, la demande reste assez faible puisque 90% de notre activité concerne le ski de piste, 5% le snowboard et un dernier 5% les activités restantes dont le freeride, freestyle, etc. Nous travaillons, en étroite collaboration avec les guides, pour redéfinir l’ordonnance. Si le marché devait exploser, il serait par exemple envisageable que les professeurs de ski suivent des modules complémentaires de freeride pour se spécialiser dans cette discipline comme cela existe dans d’autres pays. Propos recueillis par julien wicky

La barrière de rösti ne résiste pas au ski

Hoi zäme! Depuis mercredi, la station nendette a pris l’accent suisse allemand. Il aura fallu attendre la 16e édition des championnats suisses des professeurs de ski pour que ces derniers osent s’aventurer chez les Welsches. Mais pas jaloux pour un sou, les Alémaniques ont fait le déplacement en masse, comme à leur habitude. Quant aux Romands, ils n’avaient plus d’excuses. «Souvent, les écoles romandes ne se déplacent pas parce que la manifestation est trop éloignée. Cette année, ils ont tous joué le jeu! Ils sont même 120 à s’être déplacés rien que de l’école de Villars», se réjouit Génika Hulliger, directeur de l’Ecole suisse de ski de Nendaz et président du comité d’organisation. Hulliger. Il fallait donc bien un «Bourbine» dans l’histoire. «Dans ce cas-là, mes origines sont un manque de bol!» assure celui qui a grandi à Veysonnaz.

A l’heure des préparatifs, cette première romande avait l’ambition d’être le véritable point de rencontre de tous les professeurs de ski. Les animations musicales et l’ambiance ont ainsi été imaginées pour répondre aux deux publics. Car si tous portent la veste rouge, les différences restent notables entre les deux groupes. Les Alémaniques sont réputés pour leur discipline et les Romands pour leur esprit fêtard. «Eux c’est la fête et le travail en même temps. Nous c’est la fête après le travail», explique un professeur de Gstaad. «C’est vrai qu’on est réputé pour être «toujours rigole jamais travail», mais on est là pour changer les codes et prouver de quoi on est capable!» lâche Génika Hulliger, dont l’équipe travaille sans relâche depuis des semaines pour garantir une neige de qualité et une folle ambiance. «Du point de vue de l’organisation on se croirait chez nous», souligne un instructeur de Schönried. «En plus du soleil!»

Car même la météo a décidé d’être à la fête. Un temps capricieux aurait pu tout gâcher, mais le bon dieu de Nend est avec eux. Au tirage au sort des dossards de la descente synchronisée, discipline phare de la manifestation, les Nendards tiraient évidemment le numéro 1. «Le meilleur des numéros. Cela faisait dix ans que Nendaz n’avait plus fait d’équipe mais à la maison, on était obligé, raconte Richard Amacker, le responsable de l’équipe. Les gens nous ont nargués en criant à la triche, mais je crois que tous étaient contents qu’on puisse ouvrir les feux.»

En mettant tout le monde d’accord, l’édition nendette pourrait d’ailleurs battre tous les records. Jamais autant de concurrents n’auront participé aux compétitions et les rentrées d’argent sont plus que satisfaisantes après deux jours de manifestation. Un plus pour un événement qui n’a jamais eu l’ambition de tirer un bénéfice. Aussi, l’ensemble de la station a retrouvé ses habitudes de haute saison. «Les parkings sont pleins, les commerces et les établissements aussi», relate le président du comité d’organisation. «C’est une vitrine incroyable pour Nendaz que de prouver à tous ces amateurs de sports de neige que nous skions encore à la fin du mois d’avril.»

Des professeurs qui mettront le feu à la station jusqu’à dimanche au petit matin. Après cela ce sera officiel, il en sera fini de la saison de ski. nof

 

Dans les poches d’une veste rouge

Le mythe du professeur de ski, légende ou vérité? D’après notre sondage, i l semblerait que la veste rouge demeure être un atout en matière de drague. La preuve en est avec l’attirail que tous les compétiteurs présents ces jours à Nendaz ont reçu en plus de leur dossard. Entre les fioles d’alcool fort, les lunettes de soleil ou la snuff, ce sont 1250 préservatifs qui ont été distribués en marge de la manifestation. Et puisque l’on parle de chiffres, notons que pas moins de 5000 litres de bière ont été commandés pour satisfaire la soif du fleuron du ski helvétique. Reste à savoir combien d’entre eux seront parvenus à conclure. On ne sait jamais, sur un malentendu…


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