15.11.2017, 05:30

Un an après le raz-de-marée Courgette, Claude Barras se confie

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 15.11.2017, 05:30 Un an après le raz-de-marée Courgette, Claude Barras se confie

Interview Une année environ après l’explosion du phénomène Courgette qui a emmené le cinéaste jusqu’aux Oscars, ce dernier se confie sur sa situation, ses projets et son engagement auprès de la Fondation Moi pour Toit.

Des premiers pas du personnage de Courgette jusqu’à ses galops internationaux, «Le Nouvelliste» a suivi le réalisateur Claude Barras à toutes les étapes d’une épopée telle qu’un artiste valaisan n’en avait jamais connue. Un véritable raz-de-marée, un déferlement de festivals, de récompenses, de médiatisation, qui a enfin connu son ressac il y a quelques mois. Rencontré hier à Martigny...

Des premiers pas du personnage de Courgette jusqu’à ses galops internationaux, «Le Nouvelliste» a suivi le réalisateur Claude Barras à toutes les étapes d’une épopée telle qu’un artiste valaisan n’en avait jamais connue. Un véritable raz-de-marée, un déferlement de festivals, de récompenses, de médiatisation, qui a enfin connu son ressac il y a quelques mois. Rencontré hier à Martigny dans la boutique Moi pour Toit, alors qu’il venait apporter son soutien à l’association avant les soirées de gala qu’il parrainera ce week-end, il fait le point sans faux-semblants sur l’année extrêmement intense qu’il a vécue.

Claude Barras, aujourd’hui, quel est votre sentiment sur tout ce qui s’est passé autour de «Ma vie de Courgette»?

Avec un recul que je n’ai pas eu le loisir de prendre avant, je dirai que j’ai pu retirer beaucoup de belles choses dans les retours du public, dans la couverture médiatique, dans les rencontres professionnelles que Courgette a amenés. Rétrospectivement, c’était une période très forte artistiquement et avoir eu l’occasion de porter un message positif vers le public, c’était génial. Après, c’est vrai que cette période de promotion du film a été très longue. Durant un an, je n’ai fait pour ainsi dire que ça. C’est un travail qui n’est pas rémunéré. L’industrie du cinéma en Europe est conçue de telle façon que les gens sont payés pendant qu’ils font un film et ne le sont plus lorsqu’ils en font la promotion. Donc, plus un film marche, plus c’est compliqué financièrement pour un réalisateur ou pour des acteurs. Car quand ils font de la promo, c’est du temps qu’ils ne peuvent pas consacrer à d’autres projets. C’est le revers de la médaille. Artistiquement, ça apporte beaucoup, mais financièrement, ça n’aide pas à créer un travail de continuité, ni à vivre.

Les gens penseraient plutôt l’inverse, non? Que le succès du film vous aurait apporté du confort…

Oui, c’est juste. Là, je suis en train de me lancer dans un nouveau projet, d’écrire mon scénario, de chercher les financements pour faire un premier film pilote. Même à ce niveau-là, j’ai l’impression, en allant chercher des fonds publics, que les interlocuteurs pensent que je n’ai plus besoin d’être soutenu. J’ai un gros acquis d’image et de confiance, mais au niveau financier, c’est un peu la catastrophe. J’ai été payé pendant trois ans avec un salaire relativement bon, 7500 francs par mois, mais une fois que ça s’arrête, on doit vivre avec les économies qu’on est parvenu à faire. Mettre en route un prochain film, ça prend quelques mois généralement, donc quand entre deux il y a une année de promo, c’est un peu compliqué. D’autant plus qu’avant je bossais sur d’autres projets en tant que designer ou animateur. Je n’ai plus beaucoup de propositions car les gens me voient comme un réalisateur établi. Courgette a changé toute cette écologie de subsistance que j’avais mise en place avant.

Le phénomène Courgette s’est donc accompagné de quelques désagréments…

C’est vrai, et c’est pourquoi j’essaie de prendre du recul pour voir comment continuer. Faire un film d’animation, ça prend quatre ou cinq ans. Au début, on démarre avec des idées, sans argent, puis on cherche des financements, une part publique, une part privée. A partir de là, on peut faire grandir une équipe, jusqu’à arriver à un tournage. C’est une étape passionnante, mais le passage entre la fin d’un film et le début d’un autre, c’est le moment le plus compliqué du métier et c’est la première fois que je le vis. Il faudra que j’anticipe mieux pour la prochaine fois, je crois.

Que pouvez-vous déjà dire de votre prochain film?

J’ai écrit une première version du scénario. J’ai posé les bases de l’histoire, les personnages et j’ai fait quelques dessins. L’histoire se passera à Bornéo et racontera le parcours de deux enfants – le fils d’un zoologue et la petite fille d’un chamane –  qui veulent sauver un bébé orang-outang. Ça parle entre autres de la pression du monde moderne sur les dernières forêts, de l’industrialisation. Je voulais parler d’écologie aux enfants. Je me suis beaucoup documenté sur le sujet, sur les plantations d’huile de palme, sur les peuples qui résistent à tout ça, dont les droits sont défendus souvent par des ONG occidentales. Souvent, ils n’ont pas de passeport, ne sont pas reconnus comme des citoyens et donc leurs terres ne leur appartiennent pas... C’est tragique. Un des enjeux pour la prochaine génération sera de tâcher de parvenir à un meilleur équilibre dans l’exploitation responsable et la redistribution des ressources.

Dans «Ma vie de Courgette», il y avait en fond la thématique des maltraitances envers les enfants. Là, il y aura une thématique écologique et sociale engagée. Pour vous, il est essentiel que les films portent un message?

Oui. Là, le thème a vraiment un lien avec mon enfance. J’ai eu des parents viticulteurs, des grands parents qui m’ont beaucoup parlé du «vieux temps». Ils n’étaient pas très riches, mais vivaient en harmonie presque parfaite avec la terre. Ça a changé très vite avec l’industrialisation de l’agriculture, les produits chimiques… On se rend bien compte que c’est difficile de changer le monde, mais on peut, chacun, agir pour changer les choses, même à petite échelle. Avec les Panama Papers, on réalise qu’il y a de grosses entreprises de matières premières qui pillent le monde en jouant avec les lois internationales, que les gouvernements laissent faire en pensant que la situation va s’autoréguler, mais que ça ne marche pas du tout. Il est impératif de parvenir à une exploitation équilibrée des ressources. Je n’ai pas les réponses à ces problématiques, mais à travers mon film, j’essaie de sensibiliser les enfants à tout ça. J’aimerais leur transmettre de l’espoir et de la consolation dans un monde qui est de plus en plus désenchanté.

 

Claude Barras s’engage pour Moi pour Toit

Entre le magnifique engagement de Moi pour Toit auprès des enfants de Pereira en Colombie depuis trente ans et le message sensible délivré par «Ma vie de Courgette» quant aux maltraitances envers ces mêmes enfants, les convergences sont évidentes. Aussi, quand la fondation l’a contacté pour qu’il en devienne le parrain, le réalisateur Claude Barras n’a pas hésité. «Chacun peut, même si ça peut sembler naïf de parler ainsi, agir pour rendre ce monde un peu plus juste. Comme en devenant membre du Club des Mille et en versant vingt francs par mois. Ça correspond à un apéro en moins par mois, ce n’est pas un grand renoncement», plaide-t-il.

Claude Barras sera donc présent lors des deux soirées de gala du 30e anniversaire qui ont lieu vendredi 17 et samedi 18 novembre à l’Hôtel Vatel de Martigny. Il sera présent les deux soirs et y vendra aux enchères deux Courgettes. D’autres actions suivront, comme des séances spéciales de projection du film en Valais mais aussi en Colombie. Le papa de Courgette a d’ailleurs prévu un voyage sur le terrain colombien en 2018. Egalement présent ce week-end à Martigny l’humoriste Pierre Aucaigne et le groupe Kotosh qui se chargera de l’animation musicale.


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