13.11.2017, 00:01

Trump se rapproche de Duterte

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Donald Trump et Rodrigo Duterte se sont rabibochés.

 13.11.2017, 00:01 Trump se rapproche de Duterte

Par Sébastien Falletti, Pékin

PHILIPPINES Le président a tempéré son antiaméricanisme, mais reste proche de Pékin.

Donald Trump rencontre son double asiatique. Le volcanique président Rodrigo Duterte, surnommé le «Trump philippin», accueille son homologue américain à Manille, affichant le réchauffement des relations avec Washington, sous l’ombre grandissante de la Chine en Asie du Sud-Est. A l’occasion de l’ultime étape de sa première tournée asiatique, Donald Trump rencontre aujourd’hui le dirigeant «populiste» à l’antiaméricanisme ...

Donald Trump rencontre son double asiatique. Le volcanique président Rodrigo Duterte, surnommé le «Trump philippin», accueille son homologue américain à Manille, affichant le réchauffement des relations avec Washington, sous l’ombre grandissante de la Chine en Asie du Sud-Est. A l’occasion de l’ultime étape de sa première tournée asiatique, Donald Trump rencontre aujourd’hui le dirigeant «populiste» à l’antiaméricanisme viscéral, qui avait insulté vertement Barack Obama comme le pape François, avec l’espoir de tempérer son tropisme chinois.

Rodrigo Duterte, qui s’est vanté, ce week-end, d’avoir «tué» un homme lorsqu’il était adolescent, peut compter sur l’appui tacite de Donald Trump en faveur de sa controversée guerre contre la drogue, qui a déjà tué plus de 6000 personnes dans l’archipel. «Tu sais, tu gères cela très bien», lui a glissé l’hôte de la Maison-Blanche, lors d’une première poignée de main au sommet de l’Apec, à Da Nang, au Vietnam, vendredi, a rapporté le dirigeant philippin. En avril, Donald Trump avait félicité au téléphone son homologue pour sa stratégie musclée ayant recours aux exécutions extrajudiciaires. «Digong», qui a menacé de «gifler» Agnès Callamard, la rapporteuse de l’ONU chargée d’une enquête sur ces exécutions illégales, s’est dit persuadé que son hôte américain se gardera de toute critique lors de sa visite de deux jours dans la capitale des Philippines. «Rodrigo Duterte va bénéficier du cadeau du silence tacite des dirigeants d’Asie de l’Est lors du sommet», a déploré Phelim Kine, directrice adjointe pour l’Asie de Human Rights Watch.

En dépit de leurs origines sociales et géographiques éloignées, les deux trublions populistes sont faits pour s’entendre. «Les similitudes sont frappantes. Ils utilisent tous les deux les réseaux sociaux à outrance pour mener une guerre contre les médias et les élites en place et désigner des boucs émissaires. Trump pointe du doigt les immigrés illégaux, Duterte, les drogués», analyse Richard Hederyan, enseignant à l’Université de La Salle, à Manille.

Avant même le Brexit, la vague populiste qui a ébranlé la planète en 2016, conduisant à l’élection surprise du «Donald», a démarré dans la capitale philippine, en mai. L’élection surprise et haut la main de ce matamore au verbe haut, originaire de l’île méridionale de Mindanao, annonçait déjà celle du magnat de l’immobilier par ses méthodes. Alors que Trump a su instrumentaliser la colère des «Blancs» déclassés contre les élites de Washington, Duterte mobilise celle des nouvelles classes moyennes jalouses des prébendes de la vieille oligarchie des grandes familles de l’ère coloniale espagnole à Manille. Une révolution qui s’ancre dans le miracle de l’économie philippine, la plus dynamique du monde, quand celle de Trump prospère sur les ratés de la mondialisation.

Casse-tête territorial

Donald Trump mise sur cette connivence pour ramener dans l’orbite américaine cet allié ancien, désormais dans le giron chinois. A grand fracas, Rodrigo Duterte avait annoncé, en 2016, son «divorce» avec l’Amérique, lors d’une visite à Pékin, aux allures d’allégeance à Xi Jinping. Depuis, la deuxième économie mondiale avance ses pions dans l’archipel, à coups de financement, notamment via la nouvelle route de la soie du leader chinois. Depuis l’élection de Trump, Duterte a mis son antiaméricanisme en sourdine et n’a pas rompu la coopération militaire avec le Pentagone, qui a soutenu discrètement, mais activement, les forces philippines dans leur reconquête face à l’Etat islamique, à Marawi.

Mais sur le dossier brûlant de la mer de Chine du Sud, il a bien basculé dans le camp de Pékin, comme il l’a rappelé à la veille des sommets de l’Asean et de l’Asie de l’Est, qu’il préside. Tous les protagonistes de ce casse-tête territorial seront présents autour de la table, hormis Taïwan, mais le leader philippin ne compte pas bousculer son nouvel allié, ni sa politique du fait accompli, visant à affirmer ses revendications maritimes à coups de construction d’îles artificielles. «Nous devons être amis, les excités veulent que nous nous confrontions à la Chine», a déclaré le dirigeant de 72 ans. «Il vaut mieux ne pas traiter sur la mer de Chine du Sud, car personne ne peut se permettre une guerre», a ajouté l’hôte du sommet, entérinant le statu quo favorable à Pékin. Une position qui ne fait pas les affaires de Washington et de ses alliés, le Vietnam ou Singapour, qui dénoncent l’expansion chinoise sur ces eaux par où transitent 40% du commerce mondial.

A Hanoï, les louanges de Donald Trump à l’égard de Xi Jimping, sur le dossier nord-coréen, n’ont guère rassuré. «Je suis un très bon arbitre et négociateur. Si vous avez besoin de moi, faites-le-moi savoir», a déclaré Donald Trump sur le dossier de la mer de Chine, se démarquant des critiques de son prédécesseur à l’encontre de la stratégie chinoise.

Le Figaro


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