06.01.2018, 05:30

«Aujourd’hui, en Valais, on cherche trop à construire en montagne comme on le fait en plaine»

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Léonard Bender, président de l'association valaisanne des architextes et ingénieurs

 06.01.2018, 05:30 «Aujourd’hui, en Valais, on cherche trop à construire en montagne comme on le fait en plaine»

Glissements de terrain Président de l’association des architectes et des ingénieurs valaisans, le Fulliérain Léonard Bender revient sur ce qui s’est passé à Savièse après avoir vu et revu sur l’internet la vidéo de l’éboulement.

Léonard Bender, comme de nombreux Valaisans vous avez vu la vidéo de l’éboulement de Savièse. Selon vous,
les effets de la tempête n’expliquent pas tout?

Evidemment que non. Les images montrent très bien que ce n’est pas le terrain naturel qui s’est dérobé, mais bien le talus artificiel qui a été construit. Ce n’est pas propre à cette zone de Savièse, mais aujourd’hui en Valais, on cherche trop à construire en montagne comme on le ferait en...

Léonard Bender, comme de nombreux Valaisans vous avez vu la vidéo de l’éboulement de Savièse. Selon vous,
les effets de la tempête n’expliquent pas tout?

Evidemment que non. Les images montrent très bien que ce n’est pas le terrain naturel qui s’est dérobé, mais bien le talus artificiel qui a été construit. Ce n’est pas propre à cette zone de Savièse, mais aujourd’hui en Valais, on cherche trop à construire en montagne comme on le ferait en plaine, dupliquant un modèle de villa ou d’immeuble sans tenir compte ni de la pente ni de l’implantation dans le terrain. Ce qui est tragique, c’est que cela peut déboucher sur de véritables drames humains avec des gens qui n’ont plus de logement pendant des mois ou qui n’osent plus y habiter.

Dans le cas de Savièse, peut-on parler de responsabilités partagées?
Oui. Déjà, idéalement, la commune ne devrait pas avoir de zone à construire dans ce type d’endroits en pente. 
Ensuite, un talus avec une pente importante n’est tout simplement pas rationnel. Un promoteur et un architecte doivent pouvoir s’en rendre compte. Et le règlement de construction devrait permettre de l’éviter. Dans ce cas, je suis certain que les immeubles étaient tout à fait aux normes, mais c’est en amont que ce problème peut être évité.

Comme architecte, auriez-vous pu construire ce type d’immeubles?
Certainement que oui, mais je n’aurai jamais fait un talus de ce type. Une pente est une caractéristique du monde alpin et il faut pouvoir travailler avec cette notion. Malheureusement, dans des projets de type promotion, ce n’est pas ce qui est recherché, car le coût est plus élevé.
Lors d’un examen pour obtenir son master d’architecte, une telle implantation dans le terrain ne passerait jamais la rampe.

Mais en Valais, il y a plus d’architectes non diplômés que de bénéficiaires d’un master, car votre profession n’est pas protégée. Une obligation légale de l’avoir changerait-elle beaucoup de chose au constat que vous faites?
Oui, car c’est à travers cette formation que la prise de conscience se fait de l’importance de l’implantation dans le terrain.

Que proposez-vous pour que cette situation vécue à Savièse ait le moins de chance de se reproduire?
Partout où ce type d’aménagements existe, il faut qu’un géologue analyse les moyens pour le renforcer.
Ailleurs, où il n’y a pas encore de construction, il faudrait tout simplement sortir ce type de terrains de la zone à construire.

Vous n’êtes pas un peu trop dur dans vos propositions?
Je ne le pense pas. Autrefois, en Valais, on construisait avec la pelle et la brouette en sachant donc qu’on ne pouvait pas transporter la terre. Il faut retrouver cet état d’esprit et ne pas à chaque fois miser sur le trax et le camion. 


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