07.11.2017, 18:00

Crans-Montana: zone de turbulences à l'école des Roches

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La direction de l'école conteste tous les reproches des employés mécontents.

 07.11.2017, 18:00 Crans-Montana: zone de turbulences à l'école des Roches

Education L’école des Roches à Bluche traverse une zone de turbulences ponctuée de licenciements, démissions et arrêts maladie. La direction dément les problèmes.

quinze licenciements, une dizaine de personnes en arrêt maladie et six démissions. Selon nos informations, c’est le bilan de l’année 2017 pour l’école internationale en gestion hôtelière des Roches à Bluche. La vague a tout emporté sur son passage, de la femme de ménage au cadre en passant par les professeurs. Tout débute l’été passé lorsque Eurazeo, une société...

quinze licenciements, une dizaine de personnes en arrêt maladie et six démissions. Selon nos informations, c’est le bilan de l’année 2017 pour l’école internationale en gestion hôtelière des Roches à Bluche. La vague a tout emporté sur son passage, de la femme de ménage au cadre en passant par les professeurs. Tout débute l’été passé lorsque Eurazeo, une société d’investissement française, rachète l’école des Roches et celle de Glion (Montreux). «Au début, nous n’avons pas vu de changement puisque chaque école est assez indépendante», se souvient un employé aujourd’hui en burn-out. 

Longue liste de reproches

Les problèmes surviennent lors de l’arrivée de cadres chargés d’«aplanir l’organisation». Les nombreux témoignages que nous avons recueillis sont éloquents: cadres en réunion qui se qualifient de bourreaux puis désignent les employés et les appellent victimes, les mêmes personnes qui miment le geste d’égorger quelqu’un lors d’une séance, employés licenciés sur-le-champ, pas de séance avec les personnes auxquelles des reproches sont adressés, pas d’organigramme, pas de communication.

«Je suis là depuis pas mal d’années. Des changements et des restructurations j’en ai vu passer mais jamais avec un tel mépris!» déplore un professeur. «On a l’impression que ceux qui sont là depuis longtemps et qui ont contribué à la renommée de l’établissement sont éliminés les uns après les autres», ajoute un ancien employé. 

Ambiance délétère

Selon toutes les personnes interrogées, ces mesures ont des conséquences sur le fonctionnement de l’école. «Notre point fort c’était l’atmosphère familiale. Difficile de maintenir un tel état d’esprit lorsque les profs sautent les uns après les autres ou que d’autres donnent des noms de personnes à licencier pour ne pas être les prochains sur la liste.»

Autre effet, la qualité de l’enseignement serait en baisse à cause d’«enseignants moins nombreux, moins formés ou qui ne parlent pas assez bien l’anglais». Des soucis de sécurité ont aussi été constatés. «Nous étions extrêmement stricts en cas de problèmes de drogue ou de violence, les nouvelles personnes en place sont beaucoup plus laxistes.» Plusieurs élèves notamment les plus anciens déplorent vivement la situation (voir encadré).

Le président de Crans-Montana troublé par la situation

L’incompréhension est d’autant plus grande que l’école avait été classée récemment au 5e rang d’un classement mondial et «que l’établissement est très rentable». «Je ne comprends pas la stratégie. Je me demande si lors de la vente à Eurazeo, ils n’ont pas annoncé une rentabilité exagérée et qu’ils cherchent à rentrer dans leurs chiffres désormais», s’interroge un ancien cadre.

Il n’est pas le seul à se poser des questions puisque Nicolas Féraud, président de la commune de Crans-Montana se dit aussi troublé: «On se fait du souci notamment pour les employés locaux qui semblent pâtir de cette situation.» Pour la commune de Crans-Montana, l’école des Roches est un partenaire indispensable. «Les 1500 élèves présents sur le campus engendrent des retombées financières très importantes pour toute la région.»

Mais plus que l’aspect financier, c’est l’image de la destination qui est la plus importante. «Après leur cursus, les étudiants partent travailler dans les meilleurs hôtels du monde. Ce sont nos meilleurs ambassadeurs», relève Nicolas Féraud. Un dernier acteur suit de très près la situation: le Service cantonal de la protection des travailleurs qui a ouvert une enquête sur l’école.

«Tout changement nécessite une période d’adaptation»

Alexia Lepage, directrice de la communication de l’école conteste toutes les accusations. A propos du nombre de licenciements, elle ne confirme pas le chiffre «et il doit être mis en perspective dans le contexte donné». Elle précise que les effectifs du corps professoral n’ont pas fluctué et que la moitié des démissions le sont pour des critères classiques. Elle indique que de nombreux changements ont été mis en place «afin de permettre à l’école d’affronter la concurrence grandissante sur le marché».

«Tout changement nécessite une période d’adaptation des deux côtés. Ces changements n’ont peut-être pas toujours été compris ou suffisamment communiqués et un petit nombre d’employés a pu se sentir déstabilisé.» La responsable communication indique travailler actuellement avec l’équipe sur l’accompagnement des employés et la mise en place de projets collaboratifs. Concernant les gestes d’égorgement, elle n’a jamais été témoin en cinq ans de ce type de comportements «qui ne correspondent en rien aux valeurs de l’entreprise».

L’école balaie également toutes les accusations de baisse de la qualité pour les étudiants. «Nous sommes constamment à leur écoute et tout ce que nous faisons est en vue d’améliorer le quotidien des élèves.» Enfin concernant la stratégie, Alexia Lepage insiste sur le fait que l’école est dans une logique de «construction et d’investissement» et que les effectifs de la rentrée d’octobre sont en hausse. A noter que la responsable est rompue à l’exercice puisque nos confrères du journal «La Gruyère» ont récemment réalisé un article qui met en lumière exactement les mêmes reproches sur les sites de l’école de Glyon dont les propriétaires sont les mêmes qu’à l’école des Roches.

 

«C’est en train de partir en cacahuète! La qualité baisse mais pas les tarifs»

F. étudie aux Roches depuis plusieurs années. Il a accepté de témoigner de manière anonyme car il craint des représailles. «Tout change tout le temps. Nous sommes pris au dépourvu en permanence. Comment voulez-vous instaurer une relation de confiance quand on ne sait pas si le professeur sera encore là la semaine prochaine?» 

Pour F., le confort sur le campus s’est détérioré: «Avant, les chambres étaient nettoyées trois fois par semaine, maintenant plus qu’une. La qualité de la nourriture a beaucoup baissé.» Des reproches que l’on peut comprendre lorsque l’on apprend que le semestre coûte entre 35'000 et 40'000 francs. «La qualité baisse mais pas les tarifs.» 

Pour F., la réputation de l’école est en train d’en prendre un coup. «Certains élèves de première année partent lorsqu’ils voient la situation ou optent pour un autre établissement. Il y a moins d’élèves que les dernières années. Avant, les élèves de première année étaient obligés de faire le service pour apprendre les bases du métier. Désormais, ils ne le font quasiment plus. Ils ne vont rien comprendre quand ils vont commencer leur stage!» 


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